Recherché, plus de lait. Est-ce oui ou non un problème de nutrition ?

Cette question implique la croyance que plus de lait égale plus de profits, mais ce n'est pas toujours le cas. Avec le coût des intrants qui augmente, on devrait viser une production optimale plutôt qu'une production maximale.

Mars 2009   |   par Bryan Van Gorp, DMV, Aviseur technique laitier, Shur-Gain Traduit par : Daniel Fournier, agr., Directeur Services Techniques – Polygastriques, Région de Québec

TraiteVoici deux exemples pour illustrer ce point. Le premier est basé sur un choix de régie et le deuxième est nutritionnel.

EXEMPLE 1
Un producteur décide de faire trois traites en espérant gagner de 3 à 3,5 litres de lait. Si le temps passé loin de la mangeoire et des logettes est déjà trop long ou si des problèmes de pattes affectent le troupeau, il se peut qu'il n'obtienne pas la réponse souhaitée en lait et il pourrait même accentuer le problème. Si l'efficacité de traite est basse, cela peut augmenter les coûts de main-d'oeuvre, de matériel et d'électricité à une valeur supérieure à celle du lait additionnel.

EXEMPLE 2
Un producteur essaie d'accroître sa production laitière en fournissant une ration plus dense. On augmente le facteur de sécurité de 3,5 litres de lait (de 115 % à 125 %) tout en gardant le reste constant. Cela hausse le coût des aliments de 0,50 $ à 1,00 $ dépendamment si l'on utilise la CVMS suggérée ou si on la garde constante. Donc, ça prend une réponse en lait de 1,5 à 2,5 litres pour couvrir les frais, ce qui est vraisemblablement très improbable. En fait, il est concevable de voir une réponse en lait à court terme. Cependant, la possibilité de main tenir cette augmentation de production de lait et de profitabilité à long terme est faible à cause des baisses des fonctions du rumen, de santé et de longévité.

L'impact de la nutrition est souvent difficile à prédire. La plupart des conseillers en nutrition ont déjà vu des situations où ils ont été capables d'améliorer la production de lait de 4-5 litres ou plus sur une certaine période de temps avec un programme alimentaire amélioré. Il est également vrai que nous pouvons donner la même ration à deux troupeaux différents et voir des résultats très distincts. J'ai expérimenté cela à trois occasions et la différence moyenne en production était de 7,5 litres. Ce résultat démontre que plusieurs facteurs autres que nutritionnels affectent la production de lait et peuvent être plus limitants que la nutrition.

Quels sont les facteurs qui définissent combien de lait une vache produira dans une certaine situation ? Il est, bien entendu, impossible de faire une liste complète parce que les variables sont presque infinies.

Voici NEUF FACTEURS qui peuvent prédire assez précisément la production de lait dans une situation donnée.

  1. Génétique
  2. Qualité des sujets de remplacement (âge, grandeur et historique de maladies)
  3. Santé du pis
  4. Reproduction (JEL)
  5. Santé (problèmes de transition, fourbure, maladies contagieuses)
  6. Taux de remplacement (élimination des vaches à faible production)
  7. Nombre de traites
  8. Environnement (confort, stress de chaleur, etc.)
  9. Nutrition (qualité des fourrages, ajustement MS, accessibilité aux aliments, etc.)

Ces facteurs peuvent prédire la production de lait, mais pas nécessairement la profitabilité. Par exemple, un taux de remplacement plus agressif va augmenter la production de lait par vache, mais peut réduire la profitabilité. Des périodes de tarissement plus courtes vont réduire la production de lait parce que les vaches en fin de lactation sont dans la moyenne. Cependant, les profits peuvent s'accroître si les vaches en fin de lactation produisent au-dessus du seuil de rentabilité. Comme mentionné plus tôt, trois traites par jour augmentent la production, mais pas nécessairement les profits. Vendre de la génétique, vendre des sujets de remplacement ou étendre la grosseur du troupeau va sûrement augmenter les profits, mais pas la quantité de lait vendue par vache.

Deux exemples illustrent le rôle approprié de la nutrition sur la production de lait.

EXEMPLE 1
Les propriétaires d'une ferme voulaient un nouveau conseiller pour les aider à augmenter la production; ils avaient utilisé six différents conseillers durant les cinq dernières années. Ceux-ci étaient constamment autour de 28 litres de lait mais pensaient pouvoir faire plus. Ils nous ont mentionné qu'ils reformulaient la ration à tous les deux mois. Ma réponse a été de leur dire de ne pas s'attendre à plus de nous, sauf s'ils étaient ouverts à faire certains changements de régie et à y travailler au cours des quelques années à venir. Avec plus de 30 différentes rations faites par six conseillers au cours des cinq dernières années, il y a sûrement une personne qui a dû avoir la bonne ration, même si elle ne connaissait rien en ce qui concerne la nutrition. Ce n'est donc pas un problème de ration sur papier. Il se peut que ce soit un problème nutritionnel. Est-ce que la ration mangée par les vaches est la même que celle qui a été formulée ? Est-ce que la qualité des fourrages est au-dessus de la moyenne ? Est-ce que la ration est disponible au moins 20 heures par jour ? Il y a des chances que des facteurs non nutritionnels limitent la production de ce troupeau.

EXEMPLE 2
Les producteurs d'une ferme travaillent avec le même conseiller depuis 9-10 ans. Dans le passé, ils ont eu, à certaines occasions, une production de 39 litres de lait mais de façon inconsistante. Ils sont actuellement sous les 33 litres et veulent revenir à une meilleure production. Ils ont débuté avec nous il y a six mois. Nous avons supprimé plusieurs additifs, augmenté les fourrages de 5 kg de MS, réduit les coûts de 0,60 $ / vache et nous les avons également avertis que les améliorations seraient lentes et que ça prendrait du temps pour replacer la santé des rumens. Nous sommes présentement autour de 37 litres et cette augmentation a été lente mais graduelle. Les autres points de régie sont demeurés constants.

Cela illustre bien que chaque situation a besoin d'être évaluée individuellement. On devrait être hésitant à promettre des résultats, sauf si l'on trouve un point spécifique qu'on peut corriger. Lorsqu'on obtient une augmentation de lait soutenue, les résultats sont généralement graduels et s'échelonnent sur une certaine période de temps.

Sur la plupart des fermes, il y aura des fluctuations à long terme au niveau de la production et des composantes, et ce, en raison de facteurs tels que la saison de l'année, les JEL, la qualité des fourrages et les changements de régie. Il y aura aussi des variations de courtes durées occasionnées par la température, les problèmes de santé, les ajustements de MS et les événements de régie comme le changement de personnel. La reformulation de la ration ne corrigera aucune de ces situations.

On doit donc avoir une conversation avec le propriétaire de l'entreprise pour savoir pourquoi on devrait reformuler et quel est le résultat recherché. Si on ne peut pas identifier exactement les points à améliorer, on n'aura sûrement pas de résultats. Si on observe la production de lait sur une base journalière, on gagnera 50 % du temps et on perdra l'autre 50 % du temps. Travailler sur les points de régie à long terme sera moins frustrant.

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