Étonnantes, ces Jersey !

Votre étable se fait petite ? Troquez les Holstein pour des Jersey. Deux producteurs nous racontent un choix qu'ils ne regrettent pas.

Janvier 2009   |   par André Dumont (adumont@gmx.net)

1,8 million de dollars. C'est ce qu'il en aurait coûté à Jean Roy pour construire une étable mieux adaptée à ses Holstein. Il a préféré laisser libre cours à un vieux rêve : élever des vaches Jersey. L'idée lui trottait dans la tête depuis un voyage à Chatham, en Ontario, en 1978. « C'est la race la plus efficace et la plus rentable », lui avait-on dit à l'époque.

En janvier 2005, Jean Roy met deux premières Jersey à l'essai parmi sa centaine de Holstein en stabulation libre. Elles s'adaptent si bien à la haute densité et aux robots de traite qu'il en commande d'autres pour remplacer peu à peu les Holstein réformées. L'amélioration génétique des 30 dernières années a eu un impact considérable sur la taille des Holstein. Chez Jean Roy, l'étable de 1976 était devenue trop petite. Les vaches manquaient d'air et les problèmes de santé se multipliaient. « Elles touchaient pratiquement le plafond ! » dit notre producteur laitier de Nicolet.

Jean RoyDepuis un peu moins d'un an, Jean Roy et son fils Nicolas élèvent 160 Jersey en lactation dans le même espace qu'occupaient 100 Holstein. D'un quota de 100 kg de matière grasse par jour, la ferme Jéronico est passée à 140 kg, sans agrandissement à l'étable. Jean et Nicolas Roy ne sont pas les seuls au Québec à opter pour la race Jersey par les temps qui courent. Entre septembre 2001 et 2007, le nombre de Jersey évaluées au contrôle laitier est passé de 1564 à 3057.

Jersey Québec voudrait voir ce nombre doubler, voire tripler d'ici 2012. À 3057 têtes réparties en 453 troupeaux, cela fait encore beaucoup d'étables avec cinq ou six Jersey en cohabitation avec des Holstein. « Nous voulons que les producteurs passent à 15 ou 20 Jersey, pour participer à l'amélioration génétique », dit la responsable du développement de la race, Marie-Claire Girod.

Si la Jersey présente de nombreux avantages sur la Holstein (voir l'encadré), c'est justement au chapitre de l'amélioration génétique qu'elle accuse un retard. Heureusement, ceux qui adoptent la Jersey sont les mêmes qui ont participé au succès de la génétique Holstein au Québec, se réjouit Marie- Claire Girod.

Les producteurs laitiers québécois qui se procurent des Jersey le font généralement parce que leurs étables sont devenues trop étroites pour les Holstein. La deuxième principale motivation est l'amélioration des composantes du lait.

Les Jersey canadiennes donnent en moyenne un lait à 4,9 % de gras et 3,8 % de protéine. « On voit des paies de lait à 90 $ l'hectolitre ! » s'exclame Jean Roy. La ferme Jéronico enregistre une moyenne de 6500 kg par vache, à 5 % de gras et 4 % de protéine. Le troupeau vient entièrement de l'extérieur et il reste encore à travailler sa génétique, souligne son propriétaire.

« Notre objectif est de maintenir cette production et de conserver les composantes, soutient Nicolas Roy. Il ne sert à rien d'amener nos vaches à faire 10 000 kg comme les Holstein. » Il s'agit d'abord de miser sur les qualités génétiques de la race que sont sa rusticité et sa capacité à bien transformer les aliments en composantes laitières.

Mario Leblanc98 $ l'hectolitre
Chez Mario Leblanc, à Sainte-Monique, près de Nicolet, les 58 Jersey attachées donnent en moyenne 6400 kg de lait à 5,2 % de gras et 4,1 % de protéine. La paie de lait se maintient à 94 $ l'hectolitre et atteint des pics de 98 $ l'hectolitre. Avant l'incendie qui a eu raison de son étable et de ses animaux en 2004, Mario Leblanc détenait un quota de 92 kg de matière grasse. Il trayait 70 Holstein et 20 Jersey. Ces dernières occupaient une partie plus ancienne de l'étable, trop petite pour les Holstein.

La nouvelle étable a été construite spécialement pour les Jersey. Les stalles font 122 cm (48 po) de largeur et 152 cm (60 po) de longueur. L'idéal aurait été une longueur de 163 cm (64 po), admet aujourd'hui notre éleveur.

Mario Leblanc a décidé de réduire son quota à 52 kg, pour se donner le temps de voir grandir son fils et ses quatre filles. Il a redémarré son entreprise uniquement avec des Jersey, un choix qu'il ne regrette pas. « Vache pour vache, les revenus sont les mêmes, dit-il. Les Jersey font moins de lait, mais les composantes sont plus élevées. »

Les Jersey mangent moins, mais c'est surtout au chapitre des frais vétérinaires qu'elles se démarquent. Mario Leblanc dépense en moyenne 80 $ par vache par année, alors que les visites du vétérinaire coûtent 250 $ aux autres membres de son syndicat de gestion. Ses vaches ont de bons sabots, ne sont pratiquement jamais malades et mettent bas toutes seules, sans complications. Leur taux de saillie de 1,31 est largement supérieur à la moyenne des Holstein.

Mario Leblanc s'est donné l'objectif d'améliorer sa génétique pour arriver à 7000 kg par vache, tout en conservant des taux de composantes laitières élevés.

« On pourrait pousser les vaches encore plus, mais cela nuirait aux composantes du lait, à la reproduction et à la longévité. » Son étable neuve, spacieuse et d'une propreté exemplaire servira un jour à mettre en valeur ses sujets de haute génétique, se promet-il.

Vache JerseyAvantages de la Jersey sur la Holstein

  • Plus de vaches sur une même surface
  • Frais de vétérinaire inférieurs
  • Plus de gras et de protéine dans le lait
  • Meilleure paie à l'hectolitre
  • Consommation d'aliments moins élevée de 20 %
  • Adaptation facile aux robots de traite
  • Longévité supérieure
  • Fertilité élevée et mises bas sans complications
  • Caractère curieux, docile et affectueux

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