Que cachent les taches foliaires ?
Les feuilles des plants de maïs regorgent d'informations. Les petites taches ou décolorations qui s'y retrouvent pourraient bien être le signe d'une maladie importante.
Janvier 2009 | par Élaine Grignon, agronome

« Il ne s'agit pas de créer un vent de panique et d'être alarmiste, rassure Dre Lana Reid, phytogénéticienne à Agriculture et Agroalimentaire Canada à Ottawa. Mais le producteur doit être conscient que les maladies foliaires existent bel et bien et que certaines diminuent réellement les rendements. »
Depuis près de 10 ans, Lana Reid et son collègue, M. Zhu, en collaboration avec les ministères de l'Agriculture québécois et ontarien, évaluent la progression et les dommages causés entre autres par les maladies foliaires dans la culture du maïs. Il faut se rendre à l'évidence : les maladies du feuillage, principalement causées par des champignons, gagnent du terrain.
Le phytopathologiste Albert Tenuta, du ministère de l'Agriculture, de l'Alimentation et des Affaires rurales, à Ridgetown en Ontario, explique que les températures plus chaudes et humides favorisent le développement des maladies même au Québec. « Les champignons, bien installés sur les résidus de culture, survivent aux hivers québécois moins rigoureux. De plus, le nombre élevé d'orages permet aux spores en provenance des États-Unis de traverser la frontière et de coloniser nos champs. »
L'agronome Jean-Marc Montpetit, chercheur chez Pioneer Hi-Bred au Québec, ajoute pour sa part que la monoculture de maïs est aussi en cause. « Nous sommes les seuls en Amérique du Nord à cultiver du maïs intensivement dans le même champ. Pas surprenant de retrouver dans les sols et sur les résidus des champignons pathogènes. »
On rencontre fréquemment quatre maladies foliaires dans les champs de maïs québécois : l'anthracnose, le dessèchement, la kabatiellose et la rouille. Heureusement, elles n'ont pas toutes le même potentiel de sévérité. L'identification des symptômes permet d'évaluer s'il y a lieu ou non de s'inquiéter.
Anthracnose
La maladie foliaire causant le plus de dommages au Québec est l'anthracnose. Les rendements peuvent diminuer de 15 à 20 % par endroits, parfois plus. On peut remarquer dans un champ jusqu'à 50 à 90 % des plants atteints. Cette maladie comprend deux phases. En plus d'affecter le feuillage en juin, le même champignon peut également attaquer les tiges.
« Si la forme foliaire est la seule manifestation de l'anthracnose, les conséquences sont minimes, dit Jean-Marc Montpetit. La forme la plus grave de la maladie est le top dieback . Les feuilles du haut se dessèchent en août. Certains producteurs croient que c'est le processus normal de maturation. En fait, la plante meurt et la verse s'installe. »
Dessèchement
Cette maladie est en croissance dans les champs québécois. Mme Reid et M. Tenuta croient que de nouvelles races de champignons déjouent les hybrides résistants semés dans nos champs. Le dessèchement peut causer des pertes de rendement de l'ordre de 10 %.
Kabatiellose et rouille
« La kabatiellose et la rouille présentent surtout des symptômes d'ordre cosmétique. À elles seules, ces deux maladies n'occasionnent normalement pas de pertes de rendement significatives », explique l'agronome Montpetit.
Cependant, peu importe le niveau d'infestation, un plant, même légèrement malade, est plus susceptible d'être parasité par d'autres pathogènes. De plus, si plusieurs feuilles sont endommagées, le plant fait moins de photosynthèse. Pour compenser, il se cannibalise et utilise les réserves dans ses tissus afin de remplir ses grains. La tige devient moins solide, pourrit et verse.
La cercosporiose menace
Cette maladie n'est pas encore répertoriée au Québec, mais elle progresse rapidement chez nos voisins. En 2002, on la retrouvait uniquement dans l'ouest de l'Ontario. L'an dernier, elle a rejoint la région d'Ottawa. La cercosporiose peut détruire complètement un champ.
Méthodes de lutte
Le meilleur outil pour déterminer la présence de maladies foliaires demeure le dépistage. Le moment idéal pour observer les symptômes est de la mi-août au début septembre.
« Une cloche doit sonner quand un producteur aperçoit dans son champ entre 5 et 10 % de plants infestés, surtout par le dessèchement ou l'anthracnose, met en garde Albert Tenuta. Il doit en avertir son représentant agronomique. Même s'il est trop tard pour agir cette année, on sait que le champignon est présent dans le sol. Il y a fort à parier qu'il s'y retrouvera l'année suivante et aura un effet sur le rendement. »
Les rotations diminuent significativement l'incidence des maladies foliaires du maïs. En Ontario, on parle de rotations établies sur trois ans. De plus, des hybrides résistants aux diverses maladies foliaires sont disponibles. Le labour réduirait aussi l'incidence des maladies, car les résidus de cultures propices au développement des champignons sont enfouis.
En cas de doutes, votre conseiller agricole demeure un allié important pour vous guider tout au long du processus, de l'identification de la maladie jusqu'à la stratégie de lutte à favoriser.


Tableau : Présence et progression des maladies foliaires dans les champs de maïs au Québec
| Année | Champs dépistés | Dessèchement | Anthracnose | Kabatiellose | Rouille |
| 2005 | 63 | 21 % | 24 % | 76 % | 66 % |
| 2006 | 96 | 33 % | 86 % | 90 % | 33 % |
| Hausse | + 57 % | + 358 % | + 18 % | - 50 % |
Source : Relevé des maladies et ravageurs du maïs en Ontario et au Québec en 2006, AAC
Recherche ciblée
Pionner Hi-Bred
Pioneer Hi-Bred effectue cet été au Québec des essais pour le dessèchement. L'entreprise poursuit parallèlement des essais similaires au Minnesota pour l'anthracnose. « Nous voulons inoculer les plants afin de voir le comportement de nos hybrides et de sélectionner les plus résistants », informe le chercheur Jean-Marc Montpetit.
Agriculture et Agroalimentaire Canada
La phytogénéticienne Lana Reid travaille depuis cinq ans au développement de lignées résistantes à la cercosporiose du maïs. Ces lignées pourront éventuellement être utilisées par les grandes sociétés semencières. Les évaluations de la résistance se font en Virginie aux États-Unis afin de ne pas inoculer nos sols encore vierges.
BASF
L'entreprise BASF espère obtenir à temps l'homologation pour des applications aériennes du fongicide Headline au début de la sortie des croix. Ce fongicide est présentement homologué ici pour la rouille et la cercosporiose. Or, l'étiquette américaine l'autorise pour le contrôle du dessèchement. Selon le spécialiste technique Trevor Kraus, les résultats obtenus aux États- Unis sont phénoménaux, particulièrement avec des hybrides à haut potentiel de rendement. Les champs arrosés ont eu en moyenne des augmentations de 750 à 875 kg/hectare.
En savoir plus
Pour plus de détails sur l'identification ou le cycle de développement de la maladie, consultez le document Maladies courantes du maïs au Canada sur le site web d'Agriculture et Agroalimentaire Canada au : res2.agr.gc.ca/ecorc/corn-mais/maladies-diseases_f.htm


