Semez au bon moment
Vaut-il mieux semer du maïs tôt dans un sol froid ou attendre que le sol se réchauffe et semer plus tard ? Ça dépend de la température et de la date, mais surtout des conditions de sol.
Janvier 2009 | par Johanne Van Rossum, agronome

Au printemps 2006, les conditions de terrain étaient très bonnes vers le 20 avril. Était-il trop tôt pour semer le maïs ? Fallait-il attendre ou semer tout de suite ?
Le Guide agronomique des grandes cultures (publication du Ministère de l'Agriculture de l'Ontario) recommande un semis hâtif entre le 15 et le 25 avril lorsque la température du sol a atteint 10 °C. Celle-ci doit se mesurer à l'aide d'un thermomètre de sol à 11 h 30 le matin à 10 cm de profondeur. Après le 26 avril, on conseille de se fier plus aux conditions d'humidité du sol qu'à sa température.
Pour l'agronome Gilles Tremblay, du Centre de recherche sur les grains, la première semaine de mai est la fenêtre de semis la plus fiable selon les 30 dernières années. De bonnes conditions de sol encouragent parfois les producteurs à devancer les travaux. Mais il ne faut pas le faire si le sol est encore trop humide. La compaction et le lissage des sillons vont annuler l'avantage des semis hâtifs.
Des avantages
Plus le semis se fait tôt, plus la culture atteint la maturité tôt à l'automne. Même si on n'a pas connu un gel hâtif depuis l'automne 2000, les risques sont toujours là. Un semis hâtif permet aussi d'utiliser des hybrides de maïs plus tardifs avec un potentiel de rendement plus élevé.
« De plus, ajoute Gilles Tremblay, un maïs semé à la fin mai, dans de bonnes conditions, démarre rapidement. Cependant, il ne rattrapera pas le retard accumulé. » Enfin, plus la superficie à ensemencer est grande, plus il est tentant de commencer tôt pour que la plus grande partie du maïs soit en terre à la mi-mai.
Selon une étude faite par Pioneer sur des fermes en Amérique du Nord, les producteurs ont devancé de 8 jours en moyenne le début des semis et de 16 jours la fin des semis entre 1993 et 2004. Un meilleur équipement, le travail réduit du sol ou le semis direct peuvent expliquer une plus grande efficacité et la diminution du temps des travaux d'ensemencement. Des hybrides mieux adaptés aux conditions froides et des traitements de semences plus efficaces permettent également de devancer les limites de la date de semis.
Les données recueillies dans les parcelles d'essai de 1997 à 2003 indiquent que les revenus à l'hectare diminuent au fur et à mesure que la date de semis est retardée. Ce constat est même plus accentué dans les régions tardives, où le potentiel de rendement est plus élevé. La baisse de rendement est plus drastique. Après le 1er juin, il y a possibilité de diminution de rendement de l'ordre de 1 % par jour, indique l'agronome Jean- Marc Montpetit, du Centre de recherche Pioneer.
Des risques
La température optimale pour l'émergence du maïs se situe entre 27 et 32 °C. Lorsque la température diminue entre 10 et 12 °C, la jeune plantule arrête sa croissance. Puisqu'il est très rare que les températures du sol et de l'eau soient à un niveau optimum, le maïs subit des stress qui l'affectent. Plus le semis se fait tôt, plus il risque d'y avoir de basses températures sur des périodes plus longues.
Le contact de la semence avec un sol froid imbibé d'eau est une situation très stressante pour la plante. Le semis direct peut aussi favoriser des conditions plus fraîches et humides lorsqu'il n'y a pas une bonne gestion des résidus. Ces conditions peuvent avoir un impact majeur sur l'émergence et la population du maïs.

1- La compaction et le lissage des sillons annulent l'avantage des semis hâtifs.
2- Lorsque la température diminue entre 10 et 12°C,la jeune plantule arrête sa croissance.
3- Les conditions présentes dans les 24 à 48 heures suivant le semis sont cruciales. C'est à ce moment que la semence imbibe l'eau du sol et que la température de l'eau affecte directement la germination et la vigueur de la semence.
Le retard dans la croissance peut également favoriser le développement des maladies fongiques comme le Pythium. Aussitôt que les conditions se réchauffent, le maïs reprend sa croissance et les maladies régressent.
Un semis hâtif dans de bonnes conditions peut diminuer la chance d'un bon rendement lors d'un gel tardif au printemps. En 1986, d'excellentes conditions de terrain ont permis un semis très hâtif. Les conditions chaudes qui ont suivi ont favorisé la croissance du maïs. Malheureusement, un gel le 4 juin a détruit plusieurs champs. Le point de croissance du maïs était déjà exposé au-dessus du sol.
Stades critiques
L'intensité des dommages causés par le froid dépend du stade de la culture. Selon l'agronome Montpetit, ce sont les conditions présentes dans les 24 à 48 heures suivant le semis qui sont les plus cruciales. C'est à ce moment que la semence imbibe l'eau du sol et que la température de l'eau affecte directement la germination et la vigueur de la semence.
Les résultats obtenus dans les essais de Pioneer indiquent que les effets négatifs des températures froides sont trois fois moindres lorsqu'ils surviennent 48 heures après le semis. C'est ce phénomène qui peut expliquer qu'en 2006, plus le semis était rapproché des pluies froides, plus le maïs était affecté.
Comment décider
La décision de la date de semis est sûrement la plus importante et celle qui aura le plus d'effet sur la population finale du maïs et sur le rendement. Il s'agit de semer quand le sol est prêt et que la météo des 24 à 48 prochaines heures prévoit une température clémente. Pour les premiers semis, on conseille de choisir les champs les mieux égouttés, avec un type de sol plus léger qui se réchauffe plus rapidement.
Les années se suivent et sont différentes. Le semis hâtif sera profitable certaines années. Pour d'autres, ce sera le contraire. En 2002, les champs semés tôt (fin avril) ont reçu de la neige et ont mis cinq semaines à sortir de terre. En 2006, les champs semés tôt étaient les mieux équipés pour affronter les fortes précipitations reçues plus tard en mai.
Les pluies tardives sont-elles plus risquées que l'exposition des semences aux sols froids et humides ? Selon l'agronome Tremblay, il est plus prudent de se fier à la normale plutôt qu'aux années d'exception. Et de bien observer les conditions de terrain pour profiter de chaque jour de croissance disponible.
Choix des hybrides
Il est possible de connaître la cote de résistance au stress avant la levée de certains hybrides sur le marché. Cette caractéristique mesure la tolérance des hybrides à des températures froides et humides lors de la germination.
Ces cotes de résistance au stress ne mesurent pas la sensibilité aux maladies ni la vigueur de la plantule après la levée. Par contre, si le maïs lutte pour sa survie dans les conditions froides, il peut devenir plus sensible à d'autres infections comme les maladies fongiques ou les insectes. Un traitement de semence approprié permet de contrôler la plupart de ces ravageurs.
Première de mai
La première semaine de mai est la période idéale pour le semis de maïs. Le semis peut être devancé si les conditions de sol sont bonnes. La météo des 24 à 48 heures suivant le semis est le facteur déterminant pour un semis hâtif dans un champ aux conditions propices.


