L'anthracnose
Pratiquement inexistante au Québec il y a moins d'une décennie, l'anthracnose est maintenant en croissance. Cette nouvelle maladie s'attaque au feuillage et aux tiges du maïs.
Décembre 2008 | par Jean-Marc Montpetit, agronome, directeur du centre de recherche de la compagnie Pioneer à Coteau-du-Lac.

À l'automne 2007, on retrouvait sans difficulté l'anthracnose dans les champs de la Montérégie. Or, il y a 10 ans, cette maladie était très rare au Québec. Que s'est-il passé ? Comme pour bien d'autres maladies des plantes, la monoculture du maïs et la présence de résidus à la surface du sol augmentent le bassin d'inoculum et les risques d'infection.
Heureusement, le producteur de maïs dispose de quelques outils pour lutter contre ce fléau. D'abord, il doit reconnaître les symptômes de la maladie. Ensuite, il pourra adopter des pratiques pour minimiser ou éliminer les pertes de rendement et les problèmes de verse de la tige associés à l'anthracnose.
Le champignon microscopique responsable de l'anthracnose s'attaque au feuillage et parfois à la tige du maïs. Il n'infecte ni l'épi ni le grain. On connaît deux formes de cette maladie. La phase précoce cause des lésions sur les feuilles pendant l'été. La phase tardive détruit la partie supérieure du feuillage en fin de saison, de la fin août jusqu'au premier gel, lorsque le grain achève son développement. Les Américains parlent de Top Die Back, ou de dépérissement terminal, pour décrire la phase tardive. La phase précoce est bénigne, car les lésions se limitent aux feuilles basales, qui n'ont pas beaucoup d'importance au point de vue de la photosynthèse (voir les photos 1 et 2). Les spores issues des lésions foliaires peuvent cependant former un foyer qui amorcera l'infection tardive.
Les spores produites sur les résidus de maïs de la culture précédente peuvent également causer l'infection de fin de saison. C'est pourquoi la phase de brûlure des feuilles n'est pas une condition essentielle à l'apparition du dépérissement terminal.
Baisse de rendement
Le dépérissement terminal est plus inquiétant que la phase précoce, car il affaiblit la plante et cause souvent la pourriture de la tige. Ce dessèchement de la cime commence par l'infection de la tige à la jonction de la feuille étendard. Ce sont les feuilles supérieures, celles qui contribuent le plus à capter les rayons du soleil, qui meurent en premier.
La réduction du feuillage fonctionnel diminue la photosynthèse. La plante doit alors acheminer une partie des constituants de la tige vers l'épi afin d'accorder la priorité à la formation des grains.
La progression du champignon vers le bas de la plante est parfois si fulgurante, quand les conditions s'y prêtent, qu'on a l'impression que la plante sénescente a atteint sa pleine maturité (voir la photo 3). Or, si l'on observe l'épi de cette plante à demi morte, on remarquera qu'il y a formation d'un point noir à la base du grain, mais qu'une partie de l'albumen est encore laiteux. C'est le signe indéniable que la maturité a été provoquée.
Somme toute, le grain voit stopper son accumulation de matière sèche et la plante ne parvient pas à exprimer son plein potentiel de rendement. Il arrive parfois que ces grains mal finis rétrécissent à mesure qu'ils se dessèchent, et que leur poids spécifique soit diminué. De plus, la rafle peut se fragiliser et se sectionner plus facilement lors de l'égrainage par la moissonneuse-batteuse.
Jusqu'à la verse
Tous ces symptômes ressemblent à ceux causés par un gel précoce. Cependant, les fructifications du champignon, sous forme de petits points noirs à la surface de la tige, trahissent la progression de la maladie dans la plante. À mesure que l'infection progresse, il n'y a plus de doute quant à la cause du dessèchement prématuré de la plante.
Au stade avancé, des taches d'un noir luisant apparaissent graduellement sur la tige (voir la photo 4). L'intérieur des tiges se décolore, il prend une teinte grisâtre, et une odeur de pourriture s'en dégage. Cette désintégration des tissus mène inéluctablement à la verse de la plante si la récolte tarde.
Les conséquences de cette maladie ne sont pas toujours fâcheuses. Parfois, la maladie sévit après que la plante a réalisé son potentiel de rendement, et assez tôt pour que le dessèchement de la cime accélère la dessiccation du grain. On verra alors diminuer les frais de séchage du grain.
N'empêche que l'on doit considérer l'effet néfaste qu'a la maladie sur la pourriture des tiges et les risques de verse qui s'en suivent. Du reste, si on est moins chanceux et que le dessèchement survient trop tôt, la faible teneur en eau du grain ne compensera pas les pertes de rendement. À tout considérer, on ne souhaite pas voir son maïs affligé de cette maladie.
Rotations et hybrides résistants
La montée rapide de cette maladie en sol québécois est sans doute liée à l'intensification de la culture du maïs et aux pratiques de conservation qui favorisent la présence de résidus de culture. La rotation des cultures s'avère l'arme de choix pour lutter contre l'anthracnose.
Certes, le pathogène peut se disséminer par le vent, mais une grande partie des spores proviennent du champ même où l'infection s'implante. Or, la présence de résidus d'une autre espèce que le maïs vient briser le cycle de propagation du pathogène. En effet, tout indique que la souche de Colletotrichum graminicola qui s'attaque au maïs est spécifique à cette plante hôte et qu'elle ne cause pas d'infection chez les céréales à paille.
Le choix d'hybrides résistants constitue également un moyen de lutte efficace contre cette maladie. Toutefois, parce que l'anthracnose est une nouvelle maladie au Québec, il y a encore beaucoup à faire pour mieux décrire le degré de résistance des hybrides. Actuellement, des chercheurs tentent d'insérer au maïs des gènes de résistance. Notons que l'anthracnose touche d'autres régions que le Québec, notamment les États du Wisconsin et du Michigan aux États-Unis.
Un autre moyen de lutte est la pulvérisation de fongicides. Dans sa publication intitulée Agronomy Science Research Summary de 2007, le service agronomique de Pioneer conclut qu'il est rentable de pulvériser un fongicide sur la culture du maïs dans environ 60 % des cas. Les auteurs se basent sur la compilation des résultats de 189 essais menés aux États-Unis, principalement entre 2006 et 2007.

Il faut dire qu'on a observé la meilleure rentabilité dans le Sud où les maladies foliaires sont plus fréquentes et où le rendement à protéger est plus grand. L'action des fongicides ne se limite pas à une seule maladie, et plusieurs pathogènes pourraient être contrôlés simultanément.
Au Québec, ce sont surtout l'anthracnose et le dessèchement (brûlure septentrionale) qui menacent d'hypothéquer le rendement du maïs. Dans les cas graves de ces maladies, il y a peutêtre lieu de songer à la phytopharmacie. Mais avant d'utiliser un fongicide foliaire sur le maïs, une pratique encore peu courante au Québec, il faut s'assurer que le produit phytosanitaire soit homologué à cette fin et que le délai de retrait soit suivi.
Finalement, si on n'est pas parvenu à prévenir le développement de l'anthracnose et que les symptômes apparaissent sur les tiges, la récolte hâtive des parcelles affectées minimisera les pertes causées par la verse. L'anthracnose n'est pas la seule maladie responsable de la verse du maïs au Québec, mais, peu importe le pathogène en cause, il est toujours avantageux de récolter en premier les champs atteints de la pourriture des tiges.


