Cultures fourragères

Hybrides pour semis tardifs

Même à la fin mai, il est encore sécuritaire pour un producteur de la Montérégie de semer un hybride adapté à sa région.

Décembre 2008   |   par Élaine Grignon, agronome

Jean-Marc Montpetit« Jusqu'à la fin mai, il n'y a pas de contre-indication à semer un hybride adapté à sa zone de maturité. Rendu à la première semaine de juin, il est préférable par contre d'arrêter son choix sur un hybride un peu plus hâtif. Dans ce cas, pour une question de rentabilité, il faut réduire la cote de maturité d'au plus 400 UTM. Après le 10 juin, on devrait tout simplement changer de culture. » Voilà le conseil que dicte l'agronome Jean-Marc Montpetit, directeur de recherche chez Pioneer à Coteau-du-Lac.

 

Ces recommandations découlent d'une vaste étude réalisée au Québec de 1997 à 2005 par la compagnie Pioneer en collaboration avec le CÉROM (Centre de recherche sur les grains). On voulait évaluer le comportement des hybrides en fonction de cinq dates de semis, soit de la fin avril à la mi-juin.

 

Contre-performance des hybrides hâtifs
Il est légitime de vouloir diminuer son risque en semant des hybrides plus hâtifs lorsque les semis s'étirent au-delà de la mi-mai. Cependant, les résultats de recherche démontrent que cette stratégie a tout de même ses limites en Montérégie, puisque les hybrides hâtifs de moins de 2500 UTM procurent uniquement 50 % du rendement des hybrides de pleine saison. Ceci s'explique de deux façons.

 

Premièrement, cette diminution de rendement est directement liée à la maturité. « En sélection, explique M. Montpetit, on choisit de sacrifier du rendement au profit de la maturité. Ces hybrides hâtifs ont été développés pour donner des rendements satisfaisants en zones 2 et 3. Cultivé en dehors de sa zone, le même hybride produit moins, est plus court et donne de petits épis. » L'agronome ajoute ensuite que, dans une telle situation au printemps, le producteur doit faire un choix : soit il décide d'avoir du grain sec à la récolte avec la moitié du rendement, soit il décide d'en tirer le maximum, mais avec le risque d'avoir des grains plus légers et plus humides. « Avec le prix actuel du maïs, dit M. Montpetit, cette deuxième solution est plus rentable. En effet, le coût du séchage pénalise moins le revenu qu'une diminution de rendement. »

 

Deuxièmement, le cycle de la plante n'est plus le même. La photopériode, ou la quantité de lumière disponible par jour, est plus importante à ce moment de la saison. Le développement du maïs étant alors accéléré, il se comporte davantage comme un hybride plus hâtif.

 

Avec neuf années de données, le chercheur est en mesure d'affirmer qu'un hybride semé avec un mois de retard nécessite environ 5 UTM de moins par jour pour fleurir. C'est donc dire qu'au début juin, un hybride de 2750 UTM se comporte comme un hybride de 2600 UTM.

 

« Les producteurs assurés doivent tout de même suivre les recommandations de la Financière agricole, met en garde M. Montpetit. Cependant, au lieu de se fier uniquement aux dates et à l'accumulation d'UTM, l'organisme pourrait revoir ses normes et considérer que le maïs exige moins physiologiquement. »

 

Préférez une floraison hâtive
Que l'on soit en présence d'hybrides très hâtifs ou tardifs, il faut compter environ 60 jours à la sortie des croix pour se rendre au stade du point noir.

 

L'étude réalisée par Pioneer a mis en lumière que 75 % de la variation génétique pour la maturité se fait avant la floraison.

 

En devançant cette dernière, ne serait-ce que de quelques jours, le plant atteindra plus rapidement sa maturité.

« Si vous avez le choix, pour une même maturité d'hybride, préférez celui qui fleurit plus rapidement, mentionne Jean-Marc Montpetit. Ce conseil prévaut en cas de printemps tardif, mais également à chaque fois que le producteur a l'impression de « forcer ». Un hybride qui fleurit deux ou trois jours plus vite est mieux protégé contre un éventuel gel mortel. À 50 % de ligne d'amidon, un tel événement cause des pertes de rendement de l'ordre de 10 %, alors qu'il n'y en a pratiquement aucune quand cette ligne est complétée à 75 %. On compte 10 jours pour passer de 50 % à 75 %. »

 

Le poids spécifique
C'est bien connu, le poids spécifique est lié à l'humidité du grain. Par conséquent, la date de semis influencera ces variables. Jean-Marc Montpetit se veut rassurant : « Les semis faits à la fin mai avec des hybrides adaptés à la zone de maturité donnent généralement de bons résultats. Après le 10 juin, c'est autre chose. À la récolte, le grain est très humide, plus léger et on ne peut espérer obtenir plus de 65 % du potentiel de rendement. Rendu là, mieux vaut semer du soya », conclut-il.

 

Attention aux semis hâtifs
Le projet de recherche dirigé par Pioneer et le CÉROM a également démontré que les semis hâtifs en conditions froides peuvent aussi compromettre les rendements. Lors de semis effectués à la fin avril, une plage de 48 heures sans précipitations est déterminante pour l'atteinte du rendement maximal. « Si la météo prévoit une pluie ou de la neige dans les deux jours qui viennent, dit l'agronome Montpetit, j'y songerais à deux fois avant de semer, même si les conditions de terrain sont parfaites. » L'eau est impliquée dans le processus de germination. Mais c'est la température de l'eau qui entre dans la semence qui importe. Trop froide, elle endommage les cellules. On verra dans ce cas une levée inégale et, selon l'expert, cela ne se replacera pas en cours de saison.

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